Additifs alimentaires : comment en est-on arrivé là ?

Les additifs alimentaires sont omniprésents dans l'alimentation industrielle

Les additifs alimentaires sont massivement employés par l'industrie agroalimentaire. Le champ d'application des additifs est très vaste puisqu'ils permettent notamment d'augmenter la durée de conservation, de modifier la texture, d'ajouter du goût, ou encore de donner une couleur attrayante aux aliments.


La finalité de l'utilisation de ces additifs est bien sûr la réduction des coûts de production et l'amélioration des ventes des produits.


Les additifs en Europe

On dénombre plusieurs centaines d'additifs autorisés en France, dont environ la moitié fait l'objet de controverses au sujet de leurs effets sur la santé. Il est légitime de se demander comment de tels substances peuvent légalement se retrouver dans des produits de consommation courante, en dépit des mesures de précaution les plus élémentaires.


L'opacité de l'étiquetage

Les grands groupes de l'industrie agroalimentaire sont des sociétés gigantesques, qui disposent de moyens colossaux. Au niveau du parlement européen, le lobby de l'industrie exerce une forte pression pour que les lois et autorisations ne s'opposent pas à ses intérêts commerciaux. Cette pression est particulièrement manifeste au niveau des obligations sur l'étiquetage des aliments. Les contraintes sont minimales, et beaucoup de substances ne figurent sur les étiquettes que de manière facultative. C'est le cas par exemple des agents de démoulage, des solvants d'extraction, ou encore des agents anti-moussants.


En pratique, l'étiquetage ne représente qu'une source de confusion pour la très grande majorité des consommateurs. Le lobby agroalimentaire a tout intérêt à conserver cette opacité sur le contenu des produits, et invoque en faveur de cela des arguments purement commerciaux : un étiquetage trop précis pourrait faire peur aux clients en induisant une méfiance et une présomption de risque.

Un étiquetage souvent trompeur

L'opacité sur le sujet des additifs alimentaires est renforcée par l'emploi fréquent de mentions suffisamment lacunaires pour être considérées comme trompeuses pour le client. C'est le cas des arômes naturels, dont la provenance diffère parfois de ce que peut imaginer le consommateur : un arôme de fruit peut être obtenu non pas à partir d'un extrait du fruit mais à partir de cultures, certes naturelles, de bactéries ou de moisissures.

Certains fromages disposent de dérogations quant à l'étiquetage obligatoire des additifs alimentaires


Enfin, certaines typologies de produits bénéficient de dérogations, qui exemptent les fabricants de mentionner tout ou partie des additifs, au détriment de l'information du consommateur. C'est par exemple le cas pour le vin, la bière, les fromages frais ou à pâte fermentée, ou encore les produits dérivés du cacao comme le chocolat.


Etude et autorisation des additifs

Les additifs alimentaires sont bien sûr soumis à des études scientifiques pour être autorisés sur le marché. Le lobby de l'industrie agroalimentaire adopte une stratégie de mise en doute systématique des rapports scientifiques qui pourraient nuire à ses intérêts commerciaux, et profite du status quo pour gagner un temps précieux, pendant lequel les additifs mis en cause restent autorisés.


L'organisme qui dispose de l'autorité pour autoriser ou non les additifs est l'EFSA (European Food Safety Authority, ou AESA pour Autorité Européenne de Sécurité des Aliments). Les rapports de l'EFSA sont essentiellement basés sur les données fournies par les fabricants des additifs, et n'utilisent que peu d'études indépendantes. Les études de toxicité ne sont pas rendues publiques, ce qui empêche toute possibilité de contrôle par des comités d'experts externes.


Par ailleurs, l'ONG bruxelloise CEO (Corporate Europe Observatory) a inspecté les liens de chaque expert de l'EFSA avec l'industrie agroalimentaire, et révèle que 46 % d'entre eux sont en situation de conflit d’intérêts1 avec des entreprises dont ils sont censés évaluer les produits. Cet état de fait alarmant a conduit le parlement européen à sanctionner l'EFSA en 2012.


Que faire pour éviter les additifs ?

Compte tenu de l'opacité au niveau des étiquetage et des autorisations de mise sur le marché, il est très difficile pour le consommateur de choisir ses aliments pour éviter autant que possible les additifs nocifs. Il est cependant essentiel de garder à l'esprit que les additifs sont utilisés massivement dans l'alimentation industrielle ; il est donc possible de réduire très significativement son exposition aux additifs de toutes sortes en se tenant à l'écart de ce genre de produits.


La meilleure façon de choisir ses aliments est de se tourner vers les produits bruts frais, idéalement locaux et de saison. Par ailleurs, le label bio limite l'utilisation des additifs à une liste restreinte. Le choix de produits issus de l'agriculture biologique permet donc de diminuer encore son exposition aux additifs.

Dernière mise à jour : 1/04/2019

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Laurent Berta, nutritionniste
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